A1 propos du match de foot France Tunisie, par Marc décap.

A1 propos du match de foot France Tunisie, par Marc décap.
Politique : A propos du France Tunisie.


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Hier, le match de football France Tunisie, s'est joué au Stade de France, et s'est terminé sur le score de trois buts à un, à l'avantage de la France.
C'est moins sous l'angle sportif, que pour ses connotations politiques que je me propose de dire quelques mots de cet événement.
On le sait, l'hymne national français a été copieusement sifflé par une large partie du public composé de jeunes « Français » originaires d'Afrique du nord. Et il en a été de même à l'égard des joueurs de l'équipe de France, soit collectivement, soit sur le plan individuel.
Le secrétaire d'Etat Bernard Laporte parle de la nécessité d'interrompre et d'annuler désormais les manifestations sportives où se produiraient d'aussi choquantes manifestations.
Et le Président de la République devrait, aujourd'hui, recevoir M.Escalette, président de la FFF, pour parler de l'évènement qui s'était déjà produit lors de précédentes rencontres avec l'Algérie, ou le Maroc.
Soit!
Comment expliquer ces manifestations hostiles à la France, de la part de jeunes « Français » nous dit-on?
Ma première remarque porte justement sur ce point : suffit-il de naître sur le sol d'une nation pour en être un membre à part entière?
Evidemment pas. Il y faut, en plus, une volonté de vivre ensemble, de former une communauté, et quand on est un nouvel arrivant, une volonté d'intégration à une communauté historique (plus que millénaire pour la France). Les immigrants Polonais, Italiens, etc, des siècles précédents arrivaient en France avec la volonté très claire de devenir Français, et assurément, d'intégrer leurs enfants à la vieille nation française. Le professeur (et prix Nobel de physique) Charpak, a raconté avec une émotion poignante, les difficultés qui furent celles de sa famille pour s'intégrer à la France, et sa fierté d'être Français.
Une intégration ne va jamais de soi, en un premier temps? Celle des Polonais, Italiens, etc fut facilitée par le fait qu'ils partageaient cependant dès le départ certaines valeurs avec le pays d'accueil, par exemple les valeurs religieuses, en l'occurence le christianisme.
Nos jeunes « siffleurs » d'hier soir au Stade de France, sont issus d'une immigration maghrébine.
Hormis les harkis, et leurs fils, qui ont choisi, eux, de vivre sur le territoire européen de la France, un peu à leur corps défendant , mais parce qu'ils avaient choisi la France en une période tragique de l'histoire de la « décolonisation » (il y a maintenat cinquante ans), la majorité des « Français » maghrébins, sont d'origine plus tardive. Ils sont en France parce qu'ils ne peuvent vivre dans leurs pays d'origine, incapables d'assumer leur indépendance, et d'assurer à leurs habitants, une vie tant soit peu décente.
Mais que trouvent-ils sur le sol de leur nouvelle « patrie »? Les inévitables difficultés inhérentes à une transplantation ( les polonais, etc, passèrent par là), auquelles s'ajoutent des valeurs différentes (l'Islam), et peut-être surtout, une France incertaine d'elle-même, de son identité (au point que Nicolas Sarkozy a dû créer un « ministère de l'Identité »), oublieuse de ses valeurs et de sa grandeur (le discours d'un de Gaulle paraît tout à fait ringard, à beaucoup de jeunes Français « de souche », énervés, décérébrés par toute une ambiance anti française, et parfois même par leurs maîtres, à l'école, dès le plus jeune âge. Des maîtres imprégnés, trop souvent, dans leurs IUFM, par une idéologie mondialiste, où les «nations » (pourvu qu'elles soient occiendales, et surtout française) apparaissent comme des obstacles à l'avènement du genre humain.
Malraux (après sa conversion au gaullisme, en 1948) dénonçait déjà cette funeste illusion que « l'on serait plus homme en étant moins Français ». « Je crois plutôt qu'en ce cas, ajoutait-il (en 1948) nous serions plus Russes ».
Pour en revenir aux incidents anti français d'hier soir, je crois qu'il ne faut pas en minimiser l'importance.
Il ne s'agit pas d'un chahut de « gamins » des « cités » (comme disent les politiciens dans leur jargon).
Ils ont une portée politique. On n'a pas sifflé seulement les « Gaulois », d'ailleurs peu nombreux dans l'équipe, mais aussi Arthem Hen Arfa, mais Karim Benzema, autrement dit ceux chez qui, « volens nolens », on peut discerner des indices d'assimilation à la France. Et faut-il rejeter stupidement, les informations autorisées qui signalent une volonté de manipulation politique, (dans les fameuses « cités ») quels qu'en soient les prétextes, des gens issus de l'immigration maghrébine, à des fins anti française, et islamiste.
Que faire?
Un défi se propose à la France : intégrer ces jeunes nés sur son sol, car les reconduire dans les pays de leurs grands pères seraient une politique irréaliste. Tenter de faire en sorte que leurs valeurs religieuses musulmanes (à ne pas confondre avec l'islamisme, même s'il ne faut pas tomber ici dans l'angélisme, et le sentimentalisme. Car cette distinction est-elle valable? opérante?), puissent cohabiter sur le territoire national avec les valeurs chrétienne de la France depuis des dizaines de siècles. Faire en sorte par une intelligente et chaleureuse politique d'intégration sociale, les communautés cohabitent, et fraternisent.
Il y faudra du doigté, mais aussi de la fermeté, fermeté sur les principes, appuyée sur une fermeté dans la rue. Une volonté de résister à l'intimidation des pseudos humanistes, qui sous le couvert d'associations antiracistes, travaillent en fait contre la politique d'assimilation intelligente.
Le lecteur se souvient peut-être (un article sur ce sujet figure dans les archives du Scrutateur) de la querelle de janvier 2006, sur une disposition parlementaire insistant sur l'utilité de parler aux élèves des écoles des « bienfaits de la colonisation ». La gauche française, oubliant ses propres responsabilités dans la politique coloniale de la France, à la fin du XIX, et durant la première moitié du XXè siècle, se répandit en cris d'orfraie, pour dénoncer « l'insupportable arrogance » de l'ancien pays colonisateur, ce pelé, ce gâleux, ce tondu, d'où venaient tous les maux.
Et la président Chirac, qui cédait toujours à l'intimidation du « politiquement et de l'historiquement correct », annula les dispositions parlementaires pour les remplacer par la nécessité pour les professeurs des écoles de montrer les drames de la colonisation, l'arrogance des colons, l'histoire de l'esclavage, crime contre l'humanité (une partie seulement de cette histoire, pas celle qui relève de la responsabilité des arabes, et des africains noirs eux-mêmes, hier, et.....aujourd'hui : en Afrique).
Et comment voudrait-on que des jeunes qui n'entendent parler de leur pays de résidence (et souvent par ses propres ressortissants, de façon quotidienne et obsédante) comme d'un pays d'arrogance et de mépris pour leurs pères et pour eux, l'aiment et le respectent?
La grave crise économique à laquelle nous sommes confrontés depuis quelques semaines, sera résolue depuis longtemps que les problèmes suggérés par les à côté du match France-Tunisie se poseront encore.
On n'y fera point face sans retour nécessaire sur soi-même, sur la nature profonde de la France, sa grandeur, sa nécessité historique.
Sans ce ressourcement, il faudrait se résigner à admettre que ce sont ni Catilina, ni Staline, Hitler ou Ben Laden qui nous investiraient, mais la mort.

Marc Decap.
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# Posté le mercredi 15 octobre 2008 16:48

Lucien Gerville Reache (père de Laurent Voulzy) poète de l'universel, par Edouard Boulogne.

Lucien Gerville Reache (père de Laurent Voulzy) poète de l'universel, par Edouard Boulogne.
Lucien Gerville Réache, père Laurent Voulzy, est mort.

voir aussi : www.lescrutateur.com

Lucien Gerville-Réache
Poète de l'universel.

(Lucien Gerville-Réache est mort hier à Basse Terre, à l'âge de 90 ans. Issu d'une grande famille guadeloupéenne, il a su lui faire honneur en réussissant une brillante carrière. Homme d'affaire, mais aussi politique, artiste (écrivain notamment, et acteur), il s'était un peu retiré ces dernières années. J'adresse à toute sa famille, à son fils Laurent Voulzy, à ses nombreux amis, mes condoléances attristées.
Il y a trente ans, Lucien Gerville Réache avait publié un ouvrage de poésie qu'il m'avait très aimablement dédicacé.
En hommage à sa mémoire, je publie ci-dessous, l'article que je lui avais consacré dans la revue Guadeloupe 2000, ainsi qu'un poème tiré de ce recueil. E.Boulogne).

par Edouard Boulogne.

Lucien Gerville-Réache est un personnage méconnu. Certes chacun en Guadeloupe, surtout dans la région de Basse-Terre en a entendu parler ou a eu à connaître directement l'homme d'affaire estimé, ou l'homme politique admiré, au verbe prestigieux.
On sait qu'il a fait de brillantes études à Paris où il s'est intéressé à la fois au droit, aux Sciences politiques et à l'économie politique. On sait qu'à son retour en Guadeloupe, parallèlement à ses affaires (Lucien Gerville-Réache est propriétaire du grand hôtel «Relaxe», Agent Général du groupe d'Assurances «La Protectrice», Agent général de la Compagnie Air France, propriétaire d'une Agence de voyage qui porte son nom), il a exercé efficacement d'importantes responsabilités politiques, notamment à la Présidence de la commission des finances du Conseil général de la Guadeloupe.
Pourtant, à ses compatriotes, l'essentiel de cet homme brillant demeurait caché jusqu'à ces dernières semaines. Nous ignorions en lui l'artiste, le poète, celui que la revue africaine francophone Bingo a qualifié d'«Ange de la poésie».
Sans doute une certaine modestie, la réserve presque prude de Gerville-Réache quand il parle de lui en tant que poète est-elle pour une part dans cette fâcheuse ignorance. Peut-être aussi l'auteur, plutôt que de nous livrer sa pensée éparpillée, par bribes, a-t-il préféré la livrer d'un seul bloc à notre sagacité.
Mais à l'étranger depuis plusieurs années déjà il avait commencé à se livrer, notamment au Premier Festival International de la Jeunesse Francophone à Québec, le 18 août 1974 devant 30.000 auditeurs enthousiastes.
Rendant compte de cet événement la revue Bingo écrivait alors : «La foule, compacte et béatifiée, rentre dans une espèce de transe morale après vingt minutes d'écoute. Lucien Gerville-Réache a su prendre sa mesure. Elle exulte, fend l'air avec des cris stridents, ou des accents gutturaux. Quel spectacle ! Quel enchantement ! Quelle symphonie de l'ouïe !»
Ici, en Guadeloupe, il a fallu qu'un homme aussi différent de lui sur le plan politique que Laurent Farrugia, dans un numéro spécial de Noël 1977 du journal communiste Le Flamboyant le classe avec Aimé Césaire et Louis Zou parmi les 3 poètes prestigieux d'aujourd'hui pour que l'on commence à en prendre la mesure exacte.
C'est que l'½uvre de Lucien Gerville-Réache, comporte quelque chose d'absolument original et autonome. Ainsi qu'il accepte de le reconnaître notre poète n'a pas de maîtres en poésie, sa création est une parfaite idiosyncrosie, d'où un accent inimitable qui ne permet pas de le classer dans une école déterminée. Il s'en réjouit, détestant toutes les barrières, tout ce qui limite, étouffe, restreint. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle, tout en admirant le talent d'Aimé Césaire il ne peut éprouver pour le concept de «Négritude» dont se prévaut le célèbre Foyalais. qu'une antipathie profonde, presque une aversion. Imagine-t-on un poète de la «blanchitude», sinon quelque scribe hitlérien ?
La poésie de Gerville-Réache par contre s'adresse à l'homme universel. Elle vise ce qu'il y a en lui de plus profond et ouvert. Elle préfère ce qui dilate à ce qui diminue, ce qui unit à ce qui divise. Dans le courant du mois de mai, sera mis en vente le premier recueil de poésie de Lucien Gerville-Réache, intitulé : A FLEUR D'HOMME (Editions Saint-Germain-des-Prés). Ainsi les Guadeloupéens prendront-ils contact avec une pensée parfois énigmatique, mais tonifiante, fruit de vingt années de méditations et de travail.

Edouard Boulogne.




Le poème qui suit est tiré du recueil « A fleur d'homme », publié en 1978, aux éditions Saint Germain des Près).

LA PLUME DE MES REVES

Je rêve d'une plume, oh, mais quelle plume
Je la voudrais toute de sensibilité, de douceur et s'il convenait, de violence
Qu'elle fut intuitive, spontanée, musicienne
Que la note sienne soit celle qui convienne
Comme l'archet du maestro, il lui faudrait trouver
L'harmonie sur la corde en des accords fous
Et galoper sur les arpèges jusqu'aux infinis
Elle aurait à loisir l'accent grave ou aigu
Les inflexions sourdes ou tenues
Glissant pleine de douceur dans les eaux du bonheur
Ou gonflées de peines et de pleurs pataugeant dans la fange du malheur
Elle pourrait discourir concepts transcendantaux puis aussi bien pain quotidien, ou fragilité de la chair
A son gré, elle décrirait des spirales inouïes
A seule fin de voir la grande humanité
En sa quête sans fin de lumière, de délivrance Et lui montrer les chemins de l'espérance
Grande puissance par le monde
Tout à sa manière elle s'y agencerait
Elle aurait les palais de sa convenance
Et j'en sais un qui l'enchanterait
Il serait conçu d'une lointaine antiquité
J'y voudrais voir en son aire disciplinée
Tels des métronomes
Dans l'immobilité régides, figés, hiératiques
Dans le mouvement rythmés, réservés, magnifiques
Des bonzes aux yeux d'émeraude, à la peau de bronze
Donnant la cadence et assurant le diapason
Elle y construirait une tour haute, très haute
Evasion et sanctuaire
Où, elle et moi, rien que nous deux
Pourrions nous retrouver
Loin des courtisans et des chambellans
Pour nous faire des confidences et se dire des choses
douces
Si d'aventure, malgré ce palais fastueux
Le monde palpable devenait ennuyeux devenait écrasant
J'irais à la tour haute, très haute
En son écrin de satin j'y prendrais ma plume
Et elle m'emmènerait, j'en suis sûr
En une envolée folle
Vers ces cieux lointains, lointains
Cet éden dont on ne revient
En ces lieux où, devenant l'impalpable
On côtoie l'Eternité.

Lucien Gerville-Réache.





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# Posté le mercredi 24 septembre 2008 13:31

Histoire : Le cyclone de 1928 en Guadeloupe.

Histoire : Le cyclone de 1928 en Guadeloupe.
HISTOIRE

PAGE D'HISTOIRE : le cyclone 1928.
voir :

Jusqu'à la fin d'octobre nous voici entré dans la saison des cyclones. Les amateurs d'émotions fortes prétendent qu'à bien des signes nous devrions être frappés en cette année 2008.
Dieu ne les entende pas !
Quoiqu'il en soit, et pour des raisons purement documentaires, Le Scrutateur a choisi ce mois-ci d'évoquer l'un des cyclones les plus violents qui ait frappé la Guadeloupe et reste imprimé dans la mémoire collective, celui de septembre 1928. Pour cela j'ai puisé dans les archives de mon ancien journal Guadeloupe 2000 qui consacra un numéro spécial à l'évènement dans son numéro 123 de juin-juillet 1987.
Rappelons brièvement les caractéristiques de ce sinistre : dépression barométrique atteignant 707 mm (contre 760 en temps ordinaire) accompagnée d'un vent extrêmement violent. Plus la dépression est faible, plus la violence du vent est grande. De plus, la tempête s'accompagna de pluies torrentielles, d'une montée de la mer assez loin dans les terres et d'un tremblement de terre, selon de nombreux témoins.
Conséquences : 1270 victimes pour l'île et des dégâts matériels énormes, certaines petites communes ayant été presque entièrement rasées, Pointe-à-Pitre ayant ses faubourgs abattus et le centre même très endommagé. Face à ce triste bilan, des points réconfortants , notamment l'attitude de nos concitoyens - à la fois courageux et sans plaintes excessives devant l'épreuve - Au contraire ils s'exhortaient mutuellement à relever les ruines : les journaux de l'époque en font foi . Tel père de famille, après avoir perdu 2 fils, faisait cependant partie d'un Comité de secours. Ainsi se révélait le sens chrétien de tous, pour qui la vie ne se limitait pas à la pierre tombale. Tous témoignaient qu'ils savaient ainsi porter leur esprit vers l'au delà et, en définitive, vers Dieu , refuge des disparus autant que secours des survivants.
Autre point réconfortant : le sens de l'entraide parmi les hommes du monde occidental. Parmi les peuples de ce monde occidental tant décrié, si matérialiste, nous dit-on, on trouva l'aide de la Martinique, et en particulier de Fort-de-France, dont le maire vint jusqu'à nous ; celle des Etats-Unis, du Canada, de l'Indochine alors française, et surtout du gouvernement central lui-même : 100 millions ( de l'époque) furent envoyés aussitôt pour nous aider à nous relever de nos ruines (dont 6 furent confiés au grand poète catholique Paul Claudel, alors ambassadeur de France à Washington et venu spécialement à Pointe-à-Pitre nous les remettre).
Pour compléter ce schéma, laissons maintenant la plume à deux témoins, que j'ai bien connus, aujourd'hui décédés et qui ont failli perdre la vie au cours du cyclone. Leur histoire nous est précieuse ; bien que brièvement contée, elle nous remettra mieux dans l'ambiance que les articles d'hier et d'aujourd'hui.
E.Boulogne.

SOUVENIR D'UN RESCAPE (Il s'agit de monsieur Eugène Bonnet, qui travaillait alors dans l'île de Marie Galante, une dépendance de la Guadeloupe. La science météorologique était bien moins développée qu'aujourd'hui, et monsieur Bonnet, comme les autres Guadeloupéens découvrirent le monstre cyclonique au moment même, ou à peu près, où il s'abattait sur nos îles. En 1951, encore, dans la ville du Moule, où à l'âge de neuf ans je passais les vacances en famille, un cyclone qui heureusement nous épargna, fut annoncé quelques heures seulement avant l'heure de son passage présumé, par un garde champêtre de la commune, « à son de caisse ». Le texte de M.Bonnet fut écrit spécialement pour Guadeloupe 2000 en 1987.).

« Le 12 septembre 1928 à Grand-Bourg (Marie-Galante), au lever du jour, le ciel brumeux, la mer houleuse, le vent déjà violent, augmentant progressivement d'intensité et soufflant en outre par rafales, avaient mis la ville en émoi, la plupart des habitants se livrant à des conjectures alarmantes.
Cependant, les autorités administratives locales n'avaient reçu aucun message annonçant une perturbation atmosphérique inquiétante et invitant la population à recourir aux mesures de sécurité qui s'imposaient.
Mais la force du vent devint si puissante vers huit heures que l'on ne put mettre en doute l'imminence d'un cyclone ; le baromètre avait baissé d'une façon très sensible et il importait alors de se chercher un abri.
Un habitant de la ville, fonctionnaire d'une administration publique(il s'agit de l'auteur lui-même. Note du Scrutateur), logeant dans l'immeuble où était installé son bureau, après avoir renvoyé l'employé affectée à son service, se mit à consolider les portes et fenêtres de son appartement et celles de son bureau, formant le projet, après l'accomplissement de cette tâche d'aller s'abriter ailleurs, doutant de la solidité de l'immeuble, dont plusieurs fenêtres du galetas et du premier étage avaient déjà été emportées par le vent.
Mais il s'attarda trop, voulant à tout prix mettre en sûreté ses archives et dossiers principaux dans l'armoire du bureau.
Il s'était astreint à celte obligation depuis une demi-heure à peine, quand il s'aperçut que l'immeuble s'était incliné ; il ne pouvait plus en sortir ; il était neuf heures ; ses souvenirs s'arrêtent là...
Quand il reprit connaissance, il se rendit compte que sa maison, s'était écroulée sur lui ; il ne voyait, n'entendait rien, était couché enserré sous les décombres ; il resta très longtemps dans cette position, se dégagea peu à peu, après de multiples efforts ; enfin libéré, il utilisa en guise de bouclier,
une large cuvette de zinc pour se protéger des projectiles qui tombaient autour de lui et parvint difficilement à une maison voisine, fortement endommagée et abandonnée de ses occupants ; de là, profitant d'une accalmie relative et de l'instant bref ou était entrouverte l'une des portes de l'hôpital, proche heureusement, il s'y présenta et fut accueilli avec stupéfaction ; il avait le visage couvert de sang provenant de (rois blessures au front et à la tempe ; il était dix-huit heures ».

DEUXIEME TEMOIGNAGE. (Il s'agit de monsieur Roger Block de Friberg, qui dans cette terrible tragédie fut particulièrement éprouvé, puisqu'il perdit une bonne partie de sa famille dans la catastrophe. Son texte parut alors dans un numéro du journal « Le Nouvelliste de la Guadeloupe »).


LES EFFORTS D'UN PERE POUR ARRACHER SA FAMILLE A LA MORT.

... Hélas ! oui, j'ai été une des victimes les plus éprouvées du cyclone. J'ai perdu trois fillettes, jolies, gentilles et resplendissantes de santé. .
Je me trouvais en changement d'air, aux Ilets (petites îles situées dans la rade de Pointe-à-Pitre, à cinq kilomètre de la ville) avec toute ma famille : ma femme, mes six enfants, deux servantes, mon beau-frère Roger Dain, âgé de 20 ans, et mon jeune employé, âgé de quinze ans, Florent Saint-Auret.
Le vent commença à souffler dans la nuit du 11, mais quoique très fort, il ne laissait rien présager de dangereux. Le 12 au matin voyant que la bourrasque augmentait et que le ciel paraissait tout drôle avec ses nuages qui couraient à une vitesse vertigineuse, je décidai de ne pas me rendre à mon travail, d'autant plus que mon canot à voile courait grand risque de chavirer.
Vers dix heures, je ne me faisais plus d'illusions. Nous étions à la merci d'un cyclone et sans secours de la ville, car non seulement l'administration n'avait pas envoyé le moindre bateau à notre secours, mais elle avait négligée de nous avertir du danger. Je pris aussitôt toutes précautions utiles ; les portes de notre maison furent condamnées à l'aide de fortes barres de bois et les crochets attachés ; je réunis ma petite troupe dans une pièce, sous le vent, qui semblait la plus solide et la mieux conditionnée. Tout le monde était calme, sans émotion.

LES MAISONS S'ENVOLENT EN MORCEAUX.

Sur le coup de midi, comme un château de cartes, notre maison s'envolait par morceaux. Sans perdre de temps et malgré les tôles qui pleuvaient de toutes parts, je conduisis ma nichée dans une maison voisine dont les propriétaires, pour cause de maladie, avaient dû gagner la ville la semaine précédente.
Nous étions à peine installés dans ce nouveau refuge qu'une seule rafale, d'un bloc, en enlevait le toit.
Vers deux heures, c'est la mer qui fait maintenant son apparition aux Ilets. Elle monte sans cesse. Mes enfants, que j'avais perchés sur des tables, ont, au bout de quelques minutes, de l'eau jusqu'aux genoux. Notre position devient critique. Les lames ont déjà emporté les dépendances de l'habitation menacent de nous engloutir. L'une d'elles, d'un choc violent, chasse la maison d'au moins deux mètres. L'effondrement va suivre. Sans plus tarder, au prix de mille difficultés, je porte mes enfants chez un ami et voisin dont la demeure résiste encore. Les grandes personnes se tenant par la main, font la chaîne pour résister à l'impétuosité du vent et à la violence de la houle. Mais, sitôt arrivés, il nous faut fuir plus loin encore, tenter de nous réfugier dans une autre maison seule debout la plus haute d'ailleurs tous les immeubles des Ilets
étant de plain-pied afin de mieux résister au vent.

UNE BREVE ACCALMIE

C'est à 14h30 que nous émigrons vers la maison haute profitant d'une brusque accalmie, (l'½il du cyclone. Note du Scrutateur) car je sais ce répit trompeur, avant-coureur même du retour du cyclone qui, depuis la veille, soufflait du nord-ouest et nous revenait du sud-ouest.
Les grandes personnes, donc partirent avec moi. Je portais mon fils, âgé de deux ans, et soutenais ma femme à demi morte de froid et d'émotion. La route était difficile : une centaine de mètres de trajet, pas plus, mais balayée par 1m50 d'eau, voire 2 m quand arrivaient les lames. Et il fallait franchir des arbres à la dérive, des morceaux de maisons flottants, tout un chaos d'épaves s'entrechoquant.
Enfin le premier convoi put arriver à la maison haute (ancienne demeure de M., député).
Je repartis en toute hâte, tantôt nageant, tantôt courant sur les bois flottants. J'arrivai enfin à la maison ou j'avais laissé les enfants et les dames y compris notre bonne. La première petite qui apparut à la porte, ce fut ma fillette, âgée de neuf ans.
Entre temps, la mer n'avait cessé de monter. Luttant plus désespérément que jamais, je revins, une quatrième fois. Mais, à mi-chemin de la maison ou m'attendaient les miens je trouvai deux petits enfants sur le point de se noyer, cramponnés à une planche qui les soutenait à peine. Sans hésiter - et croyant les miens encore en sécurité -je me portai au secours des deux enfants (orphelins de père depuis le 12 septembre). J'emportai tout d'abord le petit garçon, un pauvre gosse de 5 ans, et je revins prendre sa s½ur, âgée de 8 ans.
C'est à ce moment-là, il était peut-être 15 heures, que tout fut fini.
L'accalmie avait été brève. Du sud-ouest, le vent était revenu avec une intensité terrifiante. Je n'avais pas sitôt mis la fillette à Califourchon sur mon cou que j'aperçus une montagne d'eau s'abattre sur la maisonnette ou se trouvaient encore trois de mes enfants, ma bonne, Mme Pierre Queslel et sa petite fille, Mme Jean Lemaistre, mère de deux orphelins, et deux domestiques, en tout neuf personnes qui m'attendaient pour les sauver...

UNE MONTAGNE D'EAU.

Quand je vis celte montagne d'eau s'approcher de moi, instinctivement je plongeai à toucher le sol, risquant de noyer la fillette. Quand je revins à la surface, hélas ! la maison et ses neuf réfugiés avaient disparu. Plus un vestige, rien. La lame, qui avait atteint quatre mètres avait tout balayé.
Je ne cherchai pas à dire ma détresse. Je restai cloué, hébété par cette perte sans remède. Mais une deuxième et une troisième lames qui m'obligèrent à plonger encore pour n'être pas entraîné, me rappelèrent à la raison et, comme saint Christophe que j'implorais avec ferveur durant mon sauvetage, j'emportai la petite fille à la maison haute, ou nous parvînmes à demi noyés par l'eau que nous avions bue.
Nous avons passé tout le reste du temps que dura la tourmente au premier étage et, sans discontinuer, le plancher qui se trouvait à 3m50 du sol, se soulevait par endroits laissant s'engouffrer l'eau sous l'effort des vagues.
Vers 4 heures du matin, le vent tomba.
Au point du jour, il était 5h30, nous décidâmes de quitter notre grenier. La mer avait fauché l'escalier. Je descendis à l'aide d'un drap attaché à une poutre et plusieurs hommes firent de même. Une fois dehors, jugeant, tant la maison penchait et menaçait ruine, qu'il était dangereux de laisser dans ce galetas les quelques survivants qui y grelottaient, nous fîmes une échelle avec deux mâts de canots et des bouts de bois ficelés par le travers. Ainsi purent être évacués une vingtaine de pauvres êtres transis, épargnés par le désastre.

EN RADEAU.

A huit heures du matin voyant qu'aucun secours ne nous venait de la ville, craignant que mon dernier petit, un bébé de 2 ans, ne mourût de faim -il n'avait rien mangé depuis vingt-quatre heures et nous n'avions même pas une goutte d'eau douce à lui glisser entre les lèvres, j'assemblai un radeau et me dirigeai vers la terre ferme avec douze passagers, ma femme, une bonne, quatre hommes et six enfants. Ce convoi arriva assez aisément à bon terme, après avoir franchi quatre kilomètres d'une mer encore déchaînée.
Parvenus à terre, il nous fallut faire à pied, sans chaussures, presque sans linge, dix-huit kilomètres pour atteindre la ville ou nous ne pénétrâmes qu'à 18 heures, ayant tant bien que mal réparé nos forces avec des noix de coco et des cannes à sucre.
La mer m'a volé une fillette de 11 ans, Paulette, une autre de 8 ans, Andrée, et une petite de six ans. Danielle, elle nous a pris aussi Clotilde Jovial, notre bonne de confiance.
La maison qui nous a sauvé la vie le 12 septembre, est tombée hier matin.
Les llets, qui comptaient trente-deux maisons, en ont eu trente et une emportées par le flot. Soixante-dix-huit personnes y ont été noyées. Une trentaine d'Iliens ont été sauvés. Les corps retrouvés en grand nombre à la côte étaient si défigurés qu'ils étaient méconnaissables, difficiles à identifier. J'ai pu retrouver ma pauvre petite Danielle, que j'ai dû enterrer sur le rivage même, car hélas ! le temps pressait. Et nous avons enterré les autres également sur le rivage, les autres, tous les autres, sans savoir.
R.B. deFRIBERG.



Témoignage de Gilbert de Chambertrand.

La lettre qui suit constitue un témoignage très intéressant, très vivant du tragique cyclone de 1928, émanant d'un des esprits les plus originaux de la Guadeloupe littéraire et artistique du XXè siècle, monsieur Gilbert de Chambertrand, que l'on a souvent désigné sous l'étiquette très honorable de « Sacha Guitry des Antilles ». Cette lettre parut dans le journal l'Illustration du 13 octobre 1928. Je l'ai retrouvée dans le petit livre de monsieur Maurice Martin destiné aux élèves de l'enseignement primaire sous le titre « Précis d'histoire de la Guadeloupe ». Mon édition est de 1939. (Sur Gilbert de Chambertrand on pourra se référer à l'article du Scrutateur que l'on peut trouver dans nos archives sous la rubrique « Figures ».




Cyclone du 12 septembre 1928 Lettre de M. Gilbert de Ghambertrand.

Dès le 11, un peu après midi, le vent se mit à souffler du Nord, cependant que le baromètre, qui était à 760, commençait à baisser, signes non équivoques de l'existence d'une dépression cyclonique. A 16 heures, il était à 758 et, au moment du coucher du soleil, nous pûmes voir un de ces ciels sinistres aux reflets de cuivre qui annoncent généralement les grands bouleversements du ciel. A 20 heures, la pression était à 756, cependant que le vent augmentait graduellement d'intensité. A minuit, j'ai jugé utile d'aller consolider quelques portes de la maison que j'habitais; le baromètre marquait 754. Le 12, à 5 heures du matin, 752, puis à 7 heures, 750. A partir de ce moment, la situation se précipita. Le vent devenait de plus en plus dur. A 10 heures, 745. Un télégramme arrivait de San-Juan de Porto-Rico, situant le centre de la dépression à 300 milles de la Guadeloupe et se dirigeant sur elle. Ma maison, qui était assez haute et isolée, me parut peu sûre et je l'abandonnai vers 10 heures et demie pour me réfugier dans une maison voisine, plus basse et mieux abritée, emmenant deux enfants et emportant mon baromètre à mercure, la seule chose qui dut me rester. Vers midi, en effet, ma maison s'effondrait et le baromètre marquait 720. Mais le vent devait croître encore de violence, et la dépression se creuser davantage.
Ce n'était qu'un vacarme épouvantable de tôles et de planches emportées et défonçant les maisons ; de murs s'écroulant ; la mer envahissant la ville par les quais, éventrant les docks et les magasins. La maison où je m'étais réfugié commençait à être démolie à son tour. Sa toiture arrachée pièce à pièce, le plafond de l'étage supérieur s'effondrant sur les planchers, s'ajoutaient pour nous au vacarme extérieur. Tout était ruisselant d'eau, et le vent atteignit une force prodigieuse. Enfin, vers 14 heures, survint l'accalmie, l'éclaircie zénithale qui dura très peu, dix minutes environ, pendant lesquelles j'eus le temps de noter la pression la plus basse que je pus observer : 707 m/m. Aussitôt, le vent qui soufflait précédemment du Nord, passa au Sud et reprit, de plus belle, sa rage folle. Jusqu'à quatre heures, ce ne fut qu'un tourbillon d'enfer. A plus d'une reprise, la maison frémit et nous la sentîmes se soulever. Elle resta cependant sur sa base et, vers 16 heures, nous eûmes la joie de constater que le baromètre était remonté à 728. Vers 18 ou 19 heures, il était à 735. A 21 heures, à 745. Enfin, le 13, à 4 heures, il était revenu à 754, tandis que le vent, dont la force avait progressivement diminué, agitait encore ses dernières rafales sur les ruines de la ville. A sept heures, lorsque nous nous hasardâmes au dehors, le baromètre marquait 756.
Quel spectacle nous attendait !... Les maisons culbutées, éventrées, les rues encombrées de débris de toutes sortes, les arbres réduits à leurs troncs, pour ceux du moins qui n'ont pas été déracinés. Le pays devenu méconnaissable. Toute une terre dévastée, roussie, sur laquelle les premiers secours commencèrent de s'organiser péniblement, toutes sortes de choses horribles, de scènes atroces, dont le nombre allait croissant. Des cadavres arrachés aux décombres... El maintenant, c'est l'isolement, toutes les communications interrompues, la famine et l'épidémie devant soi, parmi les fers tordus, les poutres rompues, les maisons renversées.

Gilbert de Chambertrand.
Illustration du 13 octobre 1928.







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# Posté le jeudi 10 juillet 2008 18:30

Aimé Césaire, poète et politique.

Aimé Césaire, poète et politique.
Aimé Césaire, poète et politique .





(I) Le poète.


C'était en 1958. Je me passionnais pour la poésie. Mes poètes étaient le grand Pierre Corneille, Hugo, Vigny, Rimbaud. De la poésie antillaise, je ne savais pas grand'chose. Mon érudition se limitait à Florette Morand, à Ancelot Bélaire, à des vers d'Emile Isaac (fils d'Alexandre, le sénateur). Je n'avais même pas lu Saint-John Perse, que je ne connaissais que par la critique mesquine, totalement injustifiée d'un nain de jardin en son roman sulfureux des « Ambassades », je veux parler de Roger Peyrefitte.
Cette année là pourtant je découvris Aimé Césaire. Et d'abord par le biais de la politique. Cela peut paraître surprenant, car j'avais seize ans, et pas tellement de poils au menton. Mais, ma génération était bien plus « politisée » que celle du Rap.
J'étais loin d'être le seul à « politiser » (certes comme on peut faire à cet âge, et Victor Hugo était souvent requis : « Malheur à qui prend ses sandales, Quand les haines et les scandales, Tourmentent le peuple agité », etc) ; et à titre d'exemple, je me souviens d'une cohabitation amicale (pour la poésie, car pour la politique c'était une autre histoire !) , en salle numéro un du vieux lycée Carnot, (la salle de Permanence), avec Sony Rupaire, un peu plus âgé que moi et qui, alors, s'enivrait de Federico Garcia Lorca. Le « souci politique », (j'écris cela avec un sourire teinté d'indulgente ironie) nous requérait, et pour répondre aux menées « subversives » du cher Sony, je décidai de lire, sur les heures que je volais aux sciences mathématiques (un point commun avec Césaire ; et là s'arrête la comparaison !), un livre qui venait de paraître aux éditions Présence Africaine : « Les Antilles décolonisées », de Daniel Guérin. L'ouvrage, bien qu'ayant suscité en moi un ennui ( presque ) mortel, m'enrichit considérablement, me contraignant à amorcer une réflexion personnelle, par delà la sensibilité de mon milieu familial. Et sa préface était d'Aimé Césaire. La date de cette lecture, qui figure, en page de garde, de ma grosse écriture maladroite d'alors, est de mars 1958.
Je décidai de lire Césaire.
C'est en décembre de cette année-là, (dans la petite librairie communiste aujourd'hui disparue, de la rue Barbès, à proximité de la rue de Nozières), que j'achetai le « Cahier d'un retour au pays natal », en même temps que, de Lénine, « L'impérialisme, stade suprême du capitalisme », que je ne lus effectivement que ....20 ans plus tard !
J'ouvris avec curiosité le petit livre du célèbre Martiniquais.
Je n'avais pas l'habitude de la versification libre, et fus d'abord surpris, presque désarçonné. Je repris l'ouvrage un ou deux mois plus tard. Nos professeurs de lettres, MM Tardel, Thole, nous l'avaient répété, la poésie fut d'abord orale, chantée. Nous avions, aussi, été initiés au genre épique : « La chanson de Roland », des extraits de « l' Illiade », de « l'Enéide ».
J'avais une belle voix, j'aimais le théâtre et en faisait un peu dans le cadre scolaire.
J'entrepris le corps à corps avec le texte de Césaire :

« Au bout du petit matin...
Va-t'en lui disais-je, gueule de flic, gueule de vache, va-t'en, je déteste les larbins de l'ordre et les hannetons de l'espérance. Va-t'en mauvais gris-gris, punaise de moinillon. Puis je me tournais vers des paradis-pour lui et les siens perdus, plus calme que la face d'une femme qui ment, et là, bercé par les effluves d'une pensée jamais lasse je nourrissais le vent, je délaçais les monstres et j'entendais monter de l'autre côté du désastre, un fleuve de tourterelles et de trèfles de la savane que je porte toujours dans mes profondeurs à hauteur inverse du vingtième étage des maisons les plus insolentes et par précaution contre la force putréfiante des ambiances crépusculaires, arpentée nuit et jour d'un sacré soleil vénérien ».

Je ne faisais pas attention au sens d'abord, me laissant prendre au rythme torrentiel des phrases, à la magie des mots, nombreux, souvent rares ; rythme qui ne se dément, ne se relâche pas une seconde au long des 94 pages de mon édition.

Oui, Césaire, je n'en doutais pas était un poète, un grand poète, et toutes les subtilités, si souvent oiseuses des bousiers de la culture, je veux parler des critiques, à la recherches indéfinie des sources, analogies, ressemblances, prédécesseurs, structures, figures de rhétoriques, etc, etc, ne pourront lui ôter son indiscutable originalité.

Lisons encore, lecteurs, à haute voix : ces autres passages :

Au bout du petit matin.

(Les sous-titres, ponctuant ces extraits sont de la rédaction du Scrutateur).

« Au bout du petit matin, le morne accroupi devant la boulimie aux aguets de foudres et de moulins, lentement vomissant ses fatigues d'hommes, le morne seul et son sang répandu, le morne et ses pansements d'ombre, le morne et ses rigoles de peur, le morne et ses gran-des mains de vent
Au bout du petit matin, le morne famé-lique et nul ne sait mieux que ce morne bâtard pourquoi le suicidé s'est étouffé avec complicité de son hypoglosse en re-tournant sa langue pour l'avaler ; pour-quoi une femme semble faire la planche à la rivière Capot (son corps lumineuse-ment obscur s'organise docilement au commandement du nombril) mais elle n'est qu'un paquet d'eau sonore
Et ni l'instituteur dans sa classe, ni le prêtre au catéchisme ne pourront tirer un mot de ce négrillon somnolent, malgré leur manière si énergique à tous deux de tambouriner son crâne tondu, car c'est dans les marais de la faim que s'est en-lisée sa voix d'inanition, un mot-un-seul-mot et je-vous-en-tiens-quitte-de-la-reine- Blanche-de-Castille, un-mot-un-seul-mot, voyez- vous- ce- petit- sauvage- qui- ne- sait-pas- un- seul- des- dix- commandements- de-Dieu)
car sa voix s'oublie dans les marais de la faim,
et il n'y a rien, rien à tirer vraiment de ce petit vaurien,
qu'une faim qui ne sait plus grimper aux agrès de sa voix
une faim lourde et veule,
une faim ensevelie au plus profond de la Faim de ce morne famélique
Au bout du petit matin, l'échouage hétéroclite, les puanteurs exacerbées de la corruption, les sodomies monstrueuses de l'hostie et du victimaire, les coltis infranchissables du préjugé et de la sottise, les prostitutions, les hypocrisies, les lubricités, les trahisons, les menson-ges, les faux, les concussions — l'essoufflement des lâchetés insuffisantes, l'en-thousiasme sans ahan aux poussis sur-numéraires, les avidités, les hystéries, les perversions, les arlequinades de la mi-sère, les estropiements, les prurits, les urticaires, les hamacs tièdes de la dégénérescence, (.....). » (pp.30 et 31).


A fond de cale !


« (.....). J'entends de la cale monter les malé-dictions enchaînées, les hoquètements des mourants, le bruit d'un qu'on jette à la mer... les abois d'une femme en gésine... des raclements d'ongles cherchant des gorges.... des ricanements de fouet... des farfouillis de vermines parmi des lassi-tudes...
Rien ne put nous insurger jamais vers
quelque noble aventure désespérée.
Ainsi soit-il. Ainsi soit-il.
Je ne suis d'aucune nationalité prévue
par les chancelleries
Je défie le craniomètre. Homo sum etc.
Et qu'ils servent et trahissent et meurent
Ainsi soit-il. Ainsi soit-il. C'était écrit
dans la forme de leur bassin.
Et moi, et moi,
moi qui chantais le poing dur
II faut savoir jusqu'où je poussai la
lâcheté. (p.64) ».


Un grand nègre !

« Un soir dans un tramway en face, de moi. un nègre.
C'était un nègre grand comme un pongo qui essayait de se faire tout petit sur un banc de tramway. Il essayait d'abandon-ner sur ce banc crasseux de tramway ses jambes gigantesques et ses mains trem-blantes de boxeur affamé. Et tout l'avait laissé, le laissait. Son nez qui semblait une péninsule en dérade et sa négritude même qui se décolorait sous l'action d'une inlassable mégie. Et le mégissier était la Misère. Un gros oreillard subit dont les coups de griffes sur ce visage s'étaient cicatrisés en îlots scabieux. Ou plutôt, c'était un ouvrier infatigable, la Misère, travaillant à quelque cartouche hideux. On voyait très bien comment le pouce industrieux et malveillant avait modelé le front en bosse, percé le nez de deux tunnels parallèles et inquiétants, allongé la démesure de la lippe, et par un chef-d'½uvre caricatural, raboté, poli, verni la plus minuscule mignonne petite oreille de la création.
C'était un nègre dégingandé sans ryth-me ni mesure. ( pp.64 et 65) ».


J'ai relu, hier, et à haute voix comme jadis, sentant venir sa mort prochaine, le Cahier.
Cinquante ans après, la prise est toujours forte, je suis toujours sous l'emprise de la morsure.

Poétiquement, bien sûr ? Pour la politique, c'est autre chose.

J'ai continué à lire Aimé Césaire au fil des années, fidèle à l'éblouissement juvénile.
Mon sentiment, et tant pis s'il doit déplaire, c'est que Césaire, -quand le temps aura fait son ½uvre impitoyable, quand il aura discriminé dans les commentaires, dans les thèses alimentaires, et les propos de « politicaillerie », ce qui est de la substance, et ce qui n'est qu'écume légère, un peu sale parfois, - comme d'autres grands (tel Montaigne dans un autre registre) est et demeurera l'homme d'un seul livre.
Il y a eu « Ferrements », « Les armes miraculeuses », « Toussaint Louverture », et « Les chiens se taisaient », (et je laisse de côté les pamphlets politiques , tel le « Discours sur le colonialisme », parce que je ne voudrais pas me montrer trop inconvenant en ce jour de deuil). On y trouve encore de belles pages, mais comme d'un faiseur qui réutilise les « trucs », les procédés qui ont réussi, un pasticheur de soi-même. Quelque chose a fui, qui ne reviendra plus, s'est envolé ; reste du brumeux dispersé parmi les champs et les miasmes de la politique, mais rien qui équivaille à l'éclat de la pépite unique.

On ne « politise » pas impunément.

Quand, en 1939, paraît pour la première fois, à Fort de France, dans la revue Volonté le « Cahier d'un retour au pays natal », Césaire est encore vierge politiquement.
Après 1946 quelque chose est cassé.
Aimé est alors député, maire. Il sera docteur honoris causa, de je ne sais combien d'universités.
Il aura été communiste (cela ne pardonne pas, moralement, spirituellement, humainement, même quand on en démissionne comme ce sera le cas en 1956), autonomiste martiniquais, trop couvert d'honneurs (au pluriel ! au pluriel !) pour ne pas s'en être alourdi.

En eut-il été conscient qu'il se fut murmuré les propos sur lui-même, du duc de Guiche dans Cyrano de Bergerac :

« Voyez-vous lorsqu'on a trop réussi sa vie,
On sent,- n'ayant rien fait mon Dieu, de vraiment mal !
Mille petits dégoûts de soi, dont le total
Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure ;
Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure,
Pendant que des grandeurs on monte les degrés,
Un bruit d'illusions sèches et de regrets (.....) ».


(II) Le politique.


Césaire, dans les semaines qui viennent sera, n'en doutons pas, l'objet d'une idolâtrie sans mesure, ni réserves. Et de la part, souvent, de ceux-là même qui ne le portent pas dans leur c½ur, pour bien des raisons, et parfois à cause de la férocité naturelle que se vouent, le phénomène est connu, et ancien, les gens de lettres.
L'on parlera beaucoup, à grands coups d'encensoir, du chantre de la négritude, et, en même temps de l'humaniste, de l'homme de l'Universel (ah le cliquètement des grands mots vagues ! ) du maire incomparable qui aura sorti Fort de France, des marécages de la gestion « coloniale », etc. Cette gestion, pourtant on le sait, aura fait l'objet de critiques nombreuses, venues moins de « la droite », que des espoirs de la génération suivantes d'hommes de lettres, dont l'incertain auteur d'un certain Texaco. Comme disait Céline, autre auteur dont on peut préférer le style littéraire à l'idéologie politique : « Le rôle de paillasson admiratif est à peu près le seul dans lequel on se tolère d'humain à humain avec quelques plaisir », surtout quand l'autre est mort.

L'on parlera, avec prolixité de l'humaniste et de son sens de l'universel, mot sous lequel on peut ranger n'importe quoi, souvent sans aucun sens de la contradiction, et des inconséquences.

On l'a pressenti dès longtemps, je suis davantage pénétré de la supériorité du Césaire politique, de sa génialité d'artiste, que de sa pertinence politique.

Mais que diable allait-t-il faire en cette galère ?

 Un eros assez tiède pour la politique.


Dans une intéressante interview, accordée pour la télévision au journaliste Patrice Louis, M. Césaire affirme n'avoir pas eu pour la politique une envie démesurée. On l'a sollicité en 1945 pour être candidat, soutenu par le parti communiste, à la mairie de Fort de France.
Il s'est alors laissé faire. Dans la foulée, et la logique de cette promotion, il devint député, toujours communiste, de la Martinique. Son nom restera lié à la loi qui fera passer les « vieilles colonies », comme on disait, au statut de départements français.
Ici encore, Césaire déclare à Patrice Louis qu'il se sera laissé faire par la base populaire martiniquaise, mais sans chaleur ni enthousiasme.
Je ne voudrais pas faire à l'illustre défunt une querelle d'Allemand, mais c'est plutôt le contraire qui ressort des propos de ses collègues antillais de l'époque, Rosan Girard, par exemple, ou Paul Valentino.
Plus tard, après avoir rompu avec le parti communiste français (1956), ce dernier n'étant pas assez martiniquais (au sens césairien du terme) il s'orientera vers le séparatisme, se déclarera, sans rire, le plus grand « nègre marron de la Martinique », avant de passer, en 1981, un moratoire avec le gouvernement que venait d'installer François Mitterrand. Césaire a-t-il alors pensé que les revendications séparatistes risquaient d'être prises au sérieux par Paris, et reculé devant cette perspective ? Cette attitude en tout cas lui sera vivement reprochée par les « nationalistes » dont Cabort-Masson et la petite cohorte d'intellectuels qui aspiraient au pouvoir, et qui règnent aujourd'hui bien davantage sur le marigot de la critique littéraire germano-pratine, que sur les pensées du « peuple mawtiniquais ».
Etrange bonhomme !
Etrange, oui, c'est lui qui le dit, à maintes reprises dans son entretien avec Patrice Louis.
Je ne le lui reproche d'ailleurs pas, car le sentiment de l'étrangeté des choses et du monde est l'une des conditions de l'essor d'une pensée philosophique.
Mais l'étrangeté comme particularité idiosyncrasique d'un être, c'est autre chose, qui peut être dangereux, pour cet être lui-même d'abord, et aussi pour les personnes qui relèvent en quelque manière de lui quand il a, pour dominer, les charismes qu'il faut.

 La mère Afrique et le « nègre fondamental ».


Etrange bonhomme, oui ! Car (cf l'entretien avec P.Louis, Conversations avec Aimé Césaire, éditions Arlea) pour décrire son attitude en 1940, où il s'adonne à l'écriture plutôt que de combattre, il se justifie ainsi : « parce qu'il fallait dire non à tout un monde européen, à un monde d'assimilation, c'est-à-dire le contraire de ce que sont les Martiniquais ». Il sera cependant le rapporteur de la loi de départementalisation.... Quatre ans plus tard, en 1946 ! !
Pourquoi cet écrivain qui doit toute sa notoriété à la culture, et à la langue française, refuse-t-il (tardivement) l'appartenance à la nation française ? Lisons plutôt (Entr avec P .Louis, p.45) : « Alors je me suis dit : « Foutons en l'air tout ce conventionnel, ce français de salon, les imitations martiniquaises de la littérature française, tout ce côté placardé...Foutons tout ça en l'air ! Fouille en toi ! Allez, fouille encore et encore ! Et quand tu auras bien fouillé, tu trouveras quelque chose. Tu trouveras le Nègre fondamental ! ».

Plus loin (pp 58 et 59, notamment) Le maire de Fort de France déclare « Je me suis confondu avec le peuple martiniquais (....). Pour moi, martiniquais, retrouver le moi profond, c'était me dépouiller de toutes les défroques occidentales et françaises, et retrouver l'Afrique. C'était ça pour moi, le moi profond. Et c'est ce que beaucoup de Martiniquais ont très mal digéré ».(Souligné par le Scrutateur).


Que dirait-on d'un écrivain de la dimension de Césaire, à la fois poète et politique, un Malraux pour la France métropolitaine, un Mishima pour le Japon moderne, qui déclarerait rechercher son moi profond et le situerait dans une « blancheur, ou une jaunitude fondamentale » ?
Tout commentaire me paraît superflu. Des terrasses de Saint-Germain des Près s'élèverait aussitôt une immense clameur de haine incoercible, d'ailleurs justifiée, pour une fois.

Monsieur Césaire, lui, plane dans des nuages d'encens ! C'est intéressant !

Pour ma part, mais je ne suis pas un aigle planant dans les hauteurs, j'ai du mal à concevoir ce qu'est ce nègre fondamental. Ne s'agirait-il pas d'un mythe, à peu près aussi consistant que celui de la fameuse « aryanité », qui, l'autre siècle, a fait tant de mal ? (l'aryen précise le Robert est ce « grand dolichocéphale blond issu de ce peuple, qui représenterait l'élément pur et supérieur de la race blanche »).

Et qu'entend Césaire par cette Afrique mère, objet de ses songes ? Le contexte semble impliquer qu'il s'agit d'une Afrique nègre. Que faire alors de cette Afrique arabe, blanche, tout au nord du continent, dont le commerce avec celle du sud, au cours des siècles, fut ce qu'il fut :cette Afrique du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie, de la Lybie, de l'Egypte, de l'Arabie, du Yemen, etc ?

Et puis sauf du point de vue de la couleur épidermique, évidemment, y a-t-il une si grande unité, entre les peuples noirs de toute la partie sud, est et ouest ? Ces gens-là sont-ils si uniformes, si unis politiquement, culturellement, ethniquement, que semble le croire l'ancien élève de l'école normale supérieure de la rue d'Ulm ? Pour l'avoir un peu lu, lui aussi, je crois que l'ancien petit camarade de la rue d'Ulm, son ancien bizut Léopold Sédar Senghor fut plus lucide que notre grand Aimé.

Et les nègres américains sont-ils moins nègres parce que l'histoire en a fait des américains (avec leur sensibilité et personnalité propre, heureusement pour eux) ?

Dans ses « Conversations... » avec Patrice Louis, M.Césaire évoque ce jour où, après l'armistice de 1940, il est chargé d'une mission en Haïti par le gouverneur de la Martinique « un brave homme » nous dit-il avec simplicité. Ce voyage en Haïti est pour lui une « révélation ». « Ici me sont apparues les Antilles essentielles, avec des nègres authentiques (souligné par le Scrutateur), une langue, des m½urs, toutes choses que la civilisation européenne avait plus ou moins édulcorées à la Martinique »
En ces journées d'émeutes de la faim à Port au Prince, lesdits Martiniquais apprécieront diversement ! (cet article est rédigé le 14 avril 2008).

M.Césaire est d'ailleurs conscient du hiatus entre sa sensibilité « étrange » et celle de la majorité de ses compatriotes.

Un peu amer il déclare (Opus cité p. 70) : « C'est toujours la même histoire : le moi profond et le moi superficiel. Je crois que je suis profondément antillais, et peut-être que ça gêne beaucoup de mes compatriotes qui sont plus ou moins – à des degrés divers – dans l'aliénation. C'est l'impression que j'ai » (sic !).

Pour être antillais, et libre, et équilibré, faudrait-il s'aliéner à la pensée et à la volonté d'Aimé Césaire ? Lequel se voit comme le guide d'un troupeau en transhumance : « J'ai guidé du troupeau la longue transhumance ».

L'histoire, et particulièrement celle du 20è siècle , est pleine de guides (en allemand « führer », en italien « duce », en espagnol « caudillo », etc. Il n'est pas certain que tous, au départ, aient été mal intentionnés.

Grand poète, Aimé Césaire me parait moins solide philosophiquement.
En politique il est moins philosophe que mythomane.

Je n'ai pas caché mon admiration pour l'artiste, je ne pouvais pas dissimuler mes réticences, motivées, pour l'idéologue de la politique, pour le forgeron de mythes délétères.

Ai-je été inconvenant, en ce moment d'affliction ? Il ne m'a pas semblé. La véritable estime pour un homme, notre semblable, notre frère, n'est pas de bêler au cérémonial, souvent grégaire, des cérémonies mortuaires ; et les vrais ennemis sont silencieux.

J'ai voulu, penser librement , lucidement, et je ne prétend évidemment pas avoir cerné tous les aspects d'une personnalité complexe, et d'une pensée parfois subtile.

Il m'a semblé que, bien servir la Guadeloupe ou la Martinique ce n'était pas répéter mécaniquement les formules préfabriquées, dont on nous saoulera longtemps, mais contribuer, par l'exercice de l'esprit critique, à la découverte, même lente et partielle, de la vérité.

Et si de là où il est, Aimé Césaire consentait, même partiellement, à ma péroraison ? !

Edouard Boulogne.








# Posté le jeudi 17 avril 2008 20:31

Euthanasie : Le bras de fer.

Euthanasie : Le bras de fer.
Euthanasie : Le bras de fer, par Gérard Leclerc.



Va voir aussi mon autre blog : Le Scrutateur : http://www.lescrutateur.com et laisse tes commentaires.




( Depuis des jours, et il semble que la campagne "d'information" (!) ne fasse que commencer, la presse et particulièrement la presse audio visuelle , parle du cas de madame Sébire , atteinte d'une maladie douloureuse, et déformante, qui demande à être euthanasiée. Madame Sébire, à l'égard de qui l'on ne peut rester indifférent (qui d'entre nous ne redoute, pour son propre compte, de se trouver un jour dans une situation comparable?) , ne s'est pas suicidée, elle réclame, sur un ton militant une loi qui légalise l'euthanasie.

Son désir n'est pas sans poser problème.

La civilisation occidentale passe par une crise des valeurs fort grave. Des groupes de pression très influents, bien organisés, bien placés aux centres stratégiques de manipulation de l'information, s'efforcent de faire sauter, un à un, les barrages que la sagesse philosophique et religieuse, avait, au cours des siècles construits pour faire obstacle à la faiblesse, et/ou à la barbarie humaine.

En jouant sur les sentiments, la pitié, qui peut être dangereuse (voir sur ce point le roman de Stéphan Zweig : La pitié dangereuse ) elle veut faire évoluer la législation, en escamotant la complexité des problèmes, les risques de l'irréflexion et la vérité de l'adage poupulaire sur l'enfer qui est pavé, parfois, des meilleures intentions. (Si en l'occurence, bonnes intentions il y a).

Il ne faudrait pas oublier qu'au 20ème siècle, une nation civilisée, passant par une phase de régression, je veux parler de l'Allemagne nazie légalisa l'euthanasie. Un décret, signé adolf Hitler spécifia : "Le Reich-professeur Bülher et le docteur en médecine Brandt sont, sous leur responsabilité, chargés d'étendre l'autorité de certains médecins, à distinguer personnellement par la mort, les personnes qui, dans les limites du jugement humain et
à la suite d'un examen médical approffondi, auront été déclarés incurables".

Derrière les formules prudentes, et les réserves apparentes, on sait quel "humaniste" se dissimulait, et quels crimes furent commis.

Pour aider à se faire une opinion personelle réfléchie, je publie aujourd'hui un article du philosophe Gérard Leclerc paru dans l'hebdomadaire France Catholique. Le Scrutateur reviendra dans de prochaines éditions sur ce redoutable problème de l'euthanasie.

Après l'article de M. Leclerc, je reproduis aussi le texte intégral du Serment d'Hypocrate, l'un des fondements de notre civilisation, qui est aujourd'hui gravement remis en question.

Edouard Boulogne).



Euthanasie-1.jpeg




Euthanasie : le bras de fer, par Gérard Leclerc.

dimanche 16 mars 2008.
Cette fois, l'orchestration ne fait plus aucun doute. Le cas de Chantal Sébire, cette femme de 52 ans souffrant d'une tumeur maligne de la face et qui demande le suicide médicalement assisté, est l'objet d'un bras de fer emblématique.

C'est la mobilisation générale de part et d'autre d'une ligne de fracture. Elle sépare les tenants de la lé­­­gislation actuelle (la Loi fin de vie dite Leonetti de 2005) des militants d'une dépénalisation de l'euthanasie. L'offensive appartient à ces derniers. Leur arme fatale  : un visage et l'énergie désespérée d'une femme qui souffre physiquement et moralement. Pour entretenir l'émotion qui risquait de se dégonfler aussi vite qu'elle avait été projetée dans l'actualité, ils ont calculé leur ca­lendrier avec divers re­bondissements

D'abord, c'est l'annonce des contacts établis avec la patiente par l'ADMD et son président, Jean-Luc Romero, en pleine campagne de ce lobby sur les députés. On a du mal à penser que l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité ignorait tout de la situation de Chantal Sébire quand celle-ci s'est exposée médiatiquement sur France-Télévision et auprès de l'Agence France Presse.

Ensuite, c'est le dévoilement d'un projet d'action en justice qu'on annonce « originale »  ; Maître Antonowitcz, vient de la mettre en ½uvre, niant toute idée de « procédure farfelue » ou « fantaisiste ». C'est en délégation et devant les caméras que la patiente, sa fille, son avocat et Jean-Luc Romero sont sortis du tribunal de Dijon le 12 mars. Un juge les avait écoutés. Un verdict était attendu pour le 17 mars.

Jean-Luc Romero, qui s'est fait un nom dans le théâtre médiatique, croit devoir affirmer  : « Je suis confiant ». Cautionner des élucubrations juridiques qui ne convainquent pas les juristes permet d'entretenir le suspens et de préparer les manifestations de colère et de déception que ne manquera pas de provoquer le refus de la justice d'accéder à la demande des plaignants. Leurs réactions seront d'autant plus médiatisées.

La famille Sébire fait d'ail­leurs peine à voir, non seulement à cause de cette maladie qui mine inexorablement la santé et l'apparence de Chantal Sébire, mais aussi par l'instrumentalisation de sa situation qui l'a fait entrer, selon les propres dires de sa fille aînée « dans une spirale » qui, parfois, la « dépasse ». Car toute l'ambivalence sordide d'une certaine pitié s'exhibe désormais dans la presse. On ne s'étonnera pas que France Dimanche titre « Atteinte d'une tumeur insoignable, elle se voit petit à petit transformée en 'monstre' », suivi d'un poignant  : « Par pitié, M. Sarkozy, laissez-moi mourir  ! ».

Même le quotidien Le Monde a fini par s'y mettre en titrant un entretien annoncé en Une  : « Chantal Sébire, 'littéralement mangée par la douleur', réclame le droit d'anticiper sa mort ».

Face à cette déferlante, le dispositif Leonetti pare les coups avec sang-froid. Même si Bernard Kouchner a jugé la loi "insuffisante", estimant qu'il faudrait la "compléter", plusieurs autres ministres, à commencer par le premier d'entre eux, appuient les arguments de l'auteur de la loi fin de vie. Jean Leonetti avait expliqué qu'on ne devait pas légiférer sous le coup de l'émotion. Évoquant « le droit à la vie » Rachida Dati a souligné que « la médecine a d'abord pour vocation de sauver la vie ». « à titre personnel, je considère que la médecine n'est pas là pour administrer des subs­tances létales » a ajouté le Garde des Sceaux. François Fillon, tout en s'associant à l'émotion générée chez les Français par la situation de Madame Sébire, reprend finalement la posture de Jean-Pierre Raffarin, son prédécesseur, du temps de l'affaire Humbert, en déclarant  : « Je pense qu'il faut avoir la mo­destie de reconnaître que la société ne peut pas répondre à toutes ces questions ».

Quant à Christine Boutin, mettant en garde contre la « société barbare » vers laquelle nous irions « si l'on fait sauter le verrou » en donnant le droit à une personne de tuer une autre, elle s'est interrogée sur les soins antidouleurs reçus par la patiente. Et, effectivement, c'est sur ce point que convergent les doutes des experts avec, finalement, la suspicion d'une scandaleuse manipulation. Plusieurs médecins que nous avons interrogés se disent dégoûtés par ce qui est affirmé à propos des douleurs de Chantal Sébire. Privés d'accès au dossier médical, ils sentent la médecine prise en otage dans un choix truqué, comme si il n'y avait comme solution que, d'un côté, la mort à petit feu dans d'a­troces souffrances physiques et, de l'autre, l'euthanasie par suicide médicalement assisté.

Or, comme pour l'affaire Humbert, la volonté de « maîtriser la mort », bien compréhensible mais devant laquelle il ne faut surtout pas céder, s'accompagne du refus des solutions so­ciales ou médicales (notamment analgésiques) qui pourraient être proposées. Il semble même que ces propositions sont caricaturées. Dépêché par le président Sarkozy, son conseiller pour la santé, le professeur Arnold Munich a proposé à Chantal Sébire qu'un collège de médecins lui donne un « nouvel avis médical ». Son cas ne serait pas aussi « limite » qu'il est spectaculaire. D'ailleurs c'est le choix de la mort comme dernière liberté pour tous que prône l'ADMD. Quitte à refuser toute proposition d'accompagnement, on somme la médecine de tuer. Déboutée comme prévu lundi, Chantal a prévenu : elle ne fera pas appel, ayant désormais les moyens de se suicider...
Gérard Leclerc.


Serment d'Hippocrate.


Hyppocrate.jpeg ( Hyppocrate, le père de la médecine).



Traduction de Littré.

"Je jure par Apollon médecin, par Esculape, Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, et je les prends à témoin que, dans la mesure de mes forces et de mes connaissances, je respecterai le serment et l'engagement écrit suivant :

Mon Maître en médecine, je le mettrai au même rang que mes parents. Je partagerai mon avoir avec lui, et s'il le faut je pourvoirai à ses besoins. Je considérerai ses enfants comme mes frères et s'ils veulent étudier la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je transmettrai les préceptes, les explications et les autre parties de l'enseignement à mes enfants, à ceux de mon Maître, aux élèves inscrits et ayant prêtés serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

Dans toute la mesure de mes forces et de mes connaissances, je conseillerai aux malades le régime de vie capable de les soulager et j'écarterai d'eux tout ce qui peut leur être contraire ou nuisible. Jamais je ne remettrai du poison, même si on me le demande, et je ne conseillerai pas d'y recourir. Je ne remettrai pas d'ovules abortifs aux femmes.

Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans la pureté et le respect des lois Je ne taillerai pas les calculeux, mais laisserai cette opération aux praticiens qui s'en occupent. Dans toute maison où je serai appelé, je n'entrerai que pour le bien des malades. Je m'interdirai d'être volontairement une cause de tort ou de corruption, ainsi que tout entreprise voluptueuse à l'égard des femmes ou des hommes, libres ou esclaves. Tout ce que je verrai ou entendrai autour de moi, dans l'exercice de mon art ou hors de mon ministère, et qui ne devra pas être divulgué, je le tairai et le considérerai comme un secret.

Si je respecte mon serment sans jamais l'enfreindre, puissè-je jouir de la vie et de ma profession, et être honoré à jamais parmi les hommes. Mais si je viole et deviens parjure, qu'un sort contraire m'arrive! "































































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# Posté le mercredi 19 mars 2008 06:50